Alors qu'ils
décidèrent de fouiller pour tenter de retrouver
l'entrée du tunnel, que Jules avait consciencieusement
rebouchée, pour éventuellement y trouver une salle
dérobée où auraient pu être
cachés les corps de leurs amis... Une voix
étrangement et horriblement familière se fit entendre
derrière eux. D'un ton sarcastique, elle dit simplement
:
"- A qui le tour ?"
Les trois jeunes gens se retournèrent.
La surprise fut telle que leur cri resta coincé au fond de
leur gorge.
- Kevin ? Mais qu'est-ce que... parvint à balbutier
Kenneth.
Kevin les regardait d'un air sombre et implacable.
D'un air de celui qui était prêt à tout. Qui
n'avait plus rien à perdre.
Dans sa main, il tenait un revolver à six coups.
- A toi peut-être, Kenneth, qui après avoir
séduit ma soeur l'a si ignoblement trompée avec ma
petite amie... Tu n'avais pas oublié que Laila était
ma petite amie à l'époque ?
Kenneth fronça les sourcils, faisant mine d'ignorer ce dont
il parlait.
- Toujours aussi doué pour échapper à tes
responsabilités, Kenneth, jugea Kevin en haussant les
épaules. A toi, Ash ? Toi qui as su si bien enterrer
l'affaire d'Octavia pour surtout ne pas avoir à avouer que
tu avais bâclé le dossier... Ma soeur, ma soeur
Octavia, dont tu as traité le dossier comme celui d'un
vulgaire chien écrasé... A toi, Dana ? Toi qui
aveuglée par ton amour pour Ash, et arrête de faire
cette tête, comme si tu dupais qui que ce soit ici, toi qui
aveuglée par ton amour pour Ash a défendu sa cause
quand la police a tenté de rouvrir le dossier
d'Octavia.
Kevin passait entre les trois et pointait tour à tour l'arme
sur leur tempe. Chatouillant sadiquement la gâchette lorsque
le canon effleurait leur peau.
- Continuez à m'appeler
Kevin, ricana alors leur ancien ami qui paraissait soudain avoir
totalement perdu la raison. Kevin, pauvre Kevin...
Une expression de surprise et d'incompréhension se lut
soudain sur tous les visages.
- Que veux-tu dire, Kevin ? osa Dana, je ne comprends pas, pourquoi
parles-tu de toi à la troisième personne.
Kevin abaissa soudain son arme.
- Parce que je ne suis pas Kevin.
La révélation fit l'effet d'une bombe dans le petit
groupe.
- Que veux-tu dire? Qui es-tu alors ? demanda Ash, totalement
perdu.
- Je suis Octavia.
Plus un mot, plus une seule expression ne pouvait se
déchiffer sur le visage des trois jeunes gens. La
scène devenait si surréaliste qu'ils en devinrent
muets de stupeur.
- Cela faisait longtemps en fait que je ne savais pas trop
où me situer. Je savais que je n'étais pas née
dans le bon corps, au bon endroit, au bon moment. Pourtant, notre
éducation familiale a fait que je me suis voilée la
face durant de nombreuses années et que j'ai tenté un
temps de mener une vie de femme, pour tenter de me persuader que
j'étais normale. Mais lorsque j'ai retrouvé Kenneth
dans les bras de Laila, j'ai compris que jamais je ne serais comme
les autres et j'ai soudain cessé de refouler ce que
j'étais. Kevin n'a pas supporté la trahison de Laila.
Il a choisi de se suicider. Une nuit. Chez lui. Seul. En avalant
une surdose de barbituriques. C'est moi qui ait retrouvé son
corps. Et c'est alors que j'ai imaginé suodain
l'impensable...
Autour d'Octavia les respirations avaient cessées. Il n'y
avait plus que le vent qui par moment balayait leur cheveux et qui
mettaient un peu d'animation dans leurs corps
satufiés.
- J'ai alors fait disapraître le corps de mon frère,
et je l'ai enterré ici, dans l'auberge de mon père,
que Jules venait de reprendre. J'ai fait graver cette pierre
tombale à mon nom, et je suis partie. Pour cette
opération. l'aubaine était trop belle. J'ai alors
pris la place de mon frère, et je vous ai laissé
croire, tous que c'était moi qui m'étais
suicidée. et je suis restée près de vous, sans
rien dire. A jouer le rôle de votre amie, à jouer le
rôle de Kevin, et j'ai vu alors votre hypocrisie. A quel
point la mort d'Octavia vous avait tous arragé. A quel point
vous avez méprisé l'individu que j'étais. Et
j'ai préparé cette vengeance. Pendant des mois. A
tout planifier, dans les moindres détails... Cette lettre
que vous deviez recevoir... Ce rendez-vous dans cette auberge...
L'existence de mon second frère Jules que je vous ai
cachée... Tout était préparé. Et
aujourd'hui, ce soir, il est enfin temps. Vous allez payer ce que
vous m'avez fait. Vous allez payer l'indifférence que je
vous ai inspiré... La froideur avec laquelle vous m'avez
traitée.
Octavia s'arrêta un instant, essoufflée par le flot de
paroles qu'elle venait de prononcer.
Dans un mouvement presque ralenti, elle releva l'arme en direction
des trois jeunes gens. et avec une friodeur terrifiante tira les
six coups que contenait son revolver.
Jules surgit alors, alerté par le bruit, et accourut vers la
zone où le drame venait de se dérouler. Naomi et
Jeanne sur ses talons. il s'arrêta net devant la scène
macabre qu'il avait sous les yeux. Les trois jeunes gens,
étendus dans une mare de sang, Octavia leur faisant front,
glaciale et roide.
- Octavia ! qu'es-tu fait ? s'écria-t-il, tu m'avais dit que
tu voulais juste t'expliquer avec eux! Encore que tu aies toujours
de la rancoeur contre Laila, je pouvais le comprendre, mais
eux...
- Il était trop tard pour qu'ils entendent quoi que ce soit.
Ils ont payé leur froideur. Et dorénavant ce sont
leurs corps qui seront froids.
Jules eut alors une expression étrange sur le visage.
- Tu es dénuée de coeur octavia. Tu as d'abord fait
disparaître notre frère et maintenant tu es capable
d'une telle horreur avec une telle certitude... Tu me fais
peur.
Octavia se tourna et sourit, comme apaisée.
-Tu ne comprends rien, Jules, tu n'as jamais rien compris.
Mais elle n'eut pas le temps d'en dire plus.
Jeanne avait elle aussi sorti une arme de son tablier. Jeanne,
l'innocente poupée de cire, la fragile Jeanne, celle que
l'on pensait prête à se briser sous le poids du vent
ou de la pluie, Jeanne sortit une arme et abattit d'un coup d'un
seul Octavia et Naomi.
Elle se tourna alors vers Jules.
- J'aurais dû le faire depuis longtemps.
- Tu as bien fait, répondit-il en déposant le glock
17 qu'il avait également enfoui dans une de ses poches, si
tu ne l'avais pas fait, ça aurait été
moi.
Ils s'éloignèrent alors de l'auberge et
grimpèrent dans la camionnette de Jules. Laissant
derrière eux le poids d'un passé qui leur
était déjà étranger.
FIN




