Les pensées tournaient à une vitesse folle dans la
tête de Leïla. Elle avait l'impression de ne pas pouvoir
en saisir une seule dans ce manège infernal. Elle n'avait
rien fait ! Pourquoi donc avait-on imité son écriture
? Pour la faire soupçonner, évidemment. Mais qui ?
Cela pouvait-il être quelqu'un d'autre que Jeanne, les
aubergistes, et ses amis ? Pouvait-il y avoir d'autres portes
dérobées, derrière laquelle un tueur en
série, psychopathe, rusé et sadique se cachait ? Les
appartements des hôtes pouvaient-ils abriter des tueurs
à gages ? Y avait-il des pièces cachées dans
cet hôtel ? Jeanne, la cuisinière, avait-elle des
appartements dont les aubergistes leur auraient masqué
l'existence ? Après tout, si cette auberge était
vide, il pouvait y avoir de nombreuses chambres dans lesquelles un
meurtrier pouvait se terrer. Et puis, le meurtrier avait de fortes
chances de ne pas être l'un des leurs : le message disait
clairement "Souvenez-vous d'elle" et "elle croyait en
vous". C'était donc quelqu'un extérieur
à leur groupe d'amis... Dans sa naïveté, elle
omit la possibilité que l'un de ces derniers aurait
très bien pu se faire passer pour un inconnu.

Kenneth la prit dans ses bras et elle éclata en sanglots.
Quelqu'un d'autre allait mourir, et l'évidence s'imposait
à ses yeux : elle était la prochaine victime. Elle
enfouit sa tête dans le cou de Kenneth. Elle ne voulait pas
mourir, surtout sans avoir résolu le mystère qui les
triturait depuis quelques jours.
Une idée lui traversa l'esprit. Peut-être Jules
l'aubergiste les droguait à l'aide de Jeanne et
d'ingrédients se trouvant dans les cuisines ou dans ses
appartements ? Ainsi, Kevin et Laïla pouvaient avoir
succombé à ces poisons... Elle s'écarta
doucement de Kenneth et se leva d'un bon.
- Leïla ? Qu'est-ce qui te prend ? demandèrent les
autres, étonnés.
- Ecoutez, j'ai une idée.

Elle leur exposa rapidement sa réflexion, tremblante.
- À quelles heures les aubergistes abandonnent-ils leur loge
? chuchota-t-elle afin d'être sûre de ne pas se faire
entendre par les aubergistes.
- Je crois que j'ai compris ce que tu veux faire. Mais il faut
essayer de ne pas attirer leur attention... Cela semblera suspect
si nous y allons tous ensemble, objecta Dana. Et l'un de nos
hôtes se doutera que quelque chose se trame si nous y allons
à plusieurs... Enfin, il faut tout de même trouver une
solution. Nous ne sommes plus que quatre, ajouta-t-elle
tristement.
- Il faudrait également un moyen de réquisitionner
les clés, ou bien en faire un double. Ton plan me
paraît difficile, Leïla, soupira Ash.
Kenneth les rejoignit, il avait écouté la
conversation.
- J'ai peut-être un moyen... murmura-t-il à
l'attention de ses amis.
Jeanne surgit derrière eux.
- Le dîner est servi, annonça-t-elle.
Les jeunes gens s'installèrent à table dans un
silence de mort. Jeanne apporta les plats sans un mot, puis se
retira. Dana commença timidement en regardant Leïla
:
- Nous n'avons pas demandé aux aubergistes...