La malédiction du Manoir By Koelia [2]  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

Les deux premières semaines de vacances d’Emilie se déroulèrent à toute allure avec toutes les démarches administratives à accomplir et son emménagement définitif. Marc était revenu la voir le soir-même pour l’inviter à dîner et elle avait accepté. Ils se voyaient presque tous les jours et Emilie avait l’impression de flotter sur un petit nuage.
 Pourtant, dès qu’elle s’installait tranquillement dans sa chambre le soir, un étrange phénomène la poussait à ouvrir le coffret du pendentif et dès qu’elle l’effleurait, il se réchauffait, et la voix lointaine se faisait entendre. Son esprit cartésien se révoltait contre cette idée, mais elle décida de faire des recherches sur la famille de Marcigny. Le fantôme, si fantôme il y avait, était sans doute issu d’une vieille histoire et pour lui rendre la paix, il fallait résoudre son problème!
 Elle commença par fouiller le vieux bureau de son aïeul, qui ne recelait que des documents administratifs récents, puis le grenier où au milieu de vieux cartons de vêtements qui feraient le bonheur d’enfant à carnaval, elle découvrit un grand carton barré d’une inscription: Blanche. Le cœur battant, elle arracha le ruban adhésif et feuilleta les premiers dossiers, médicaux, qui témoignaient de la démence qui s’était emparé de sa grand-mère. Elle les rejeta de côté. Puis, des dossiers notés généalogie, archives…
 Apparemment sa grand-mère avait eu la même idée qu’elle et tout le travail de recherche avait été fait. Toute la généalogie de la famille Marcigny était établie jusqu’en 1258, date à laquelle leur valeureux ancêtre avait gagné sa baronnie. Il y avait de nombreux commentaires ajoutés par Blanche dans la marge, lorsqu’elle avait trouvé des détails plus précis. Les premiers cas de folie recensés dataient du quartorzième siècle.
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 Emilie trouva aussi le journal de sa grand-mère, atterrée par les inepties écrites à la fin, elle constata qu’elle avait vraiment fini par perdre la raison. Mais en remontant le temps, elle découvrit les derniers moments de lucidité. Blanche y expliquait qu’elle avait découvert des archives secrètes dans une cache du bureau du manoir, dans laquelle se trouvaient de très anciens manuscrits en latin. Malheureusement, elle ne pouvait pas les traduire et les y avait laissé en attendant de trouver quelqu’un capable de le faire. La maladie lui avait fait oublié jusqu’à leur existence.

***

«Emmy? Emmy! Qu’est-ce que tu fiches bon sang?»

 

 

La jeune femme leva la tête de sa lecture et sursauta en regardant l’heure: elle avait passé la journée à compulser ces notes et avait complètement oublié son rendez-vous chez Marc. Il était onze heure du soir… La colère du jeune homme retomba en voyant son air exténué.
«Emilie? Tu es souffrante? Je vais appeler…
- Non! coupa-t-elle. Je vais bien…
- Tu n’en as pas l’air! Et notre rendez-vous?»
 Se sentant coupable, Emilie nota la tenue particulièrement soignée de son ami et baissa les yeux vers son affreux jogging.
«Je suis navrée, Marc… J’ai voulu faire des recherches sur ma famille…
- Et tu es tombée sur des documents tellement passionnants que tu n’as pas pu les lâcher? Je connais ça! termina-t-il rassuré. Raconte-moi tout!
 La jeune femme s’assit face à lui et lui fit un résumé.
«Selon Blanche, le premier cas de folie était celui d’Hersande en 1378. Mais il lui manquait les détails de son histoire.
- Ses recherches étaient très poussées pour une autodidacte… commenta Marc. Je serais curieux de voir ces manuscrits!»
 Les documents découverts par Blanche de Marcigny n’avaient pas bougé depuis quarante ans et Marc laissa échapper un soupir de bonheur en les découvrant.
«Il s’agit des chroniques du domaine jusqu’en 1459. Tout ceci est fascinant, Emilie… Mais je ne peux pas y toucher davantage sans les détériorer. Il faut confier ces archives à des spécialistes! J’en connais un à Paris… Je les envoie demain à la première heure, si tu m’y autorises!
- Évidemment!»


***

Pendant trois mois, la jeune femme attendit sans rien oser demander et un soir, Marc l’attendait chez elle: souper aux chandelles, champagne et…
«Voilà, Emilie: j’ai reçu les manuscrits restaurés, et je les ai traduits…»

 

 

La jeune femme se jeta dans ses bras et l’embrassa passionnément.
«Dis-moi! As-tu trouvé quelque chose concernant cette malédiction?
- Quelle impatience, quel feu! Et bien, ma petite chérie, apprend qu’au milieu d’ennuyeuses archives concernant les impôts, les récoltes, les serfs et les guerres, j’ai découvert un miracle…
- Allez ! Ne me fais pas languir !
- Mathilde, la fille d’Hersande de Marcigny a fait une confession tellement lourde à un vieux moine qu’il n’a pas pu la garder pour lui… Il l’a glissée dans les archives du domaine, laissant à Dieu le soin de décider si elle serait ou non découverte. En résumé, le fond du problème est une histoire d’amour qui a mal fini. Hersande de Marcigny, mariée contre son gré à quinze ans est tombée amoureuse de Thibaut d’Ambry, troubadour célèbre. Ils ont été surpris par le baron de Marcigny, qui n’a pas vraiment apprécié de se voir cocufié. Il leur a concocté un terrible châtiment: ils sont morts emmurés l’un à côté de l’autre dans une grotte du mont Artis. Et pour convaincre sa fille que l’adultère n’était pas une voie conseillée pour une jeune femme, il l’a faite assister à cette ignominie.
- Quelle horreur!
- Elle a d’ailleurs donné au moine une carte détaillée du lieu de ce crime. Mathilde était persuadée que l’esprit du troubadour voulait rejoindre sa bien aimée. Cela la rendue folle.
- Donc, pour rompre la malédiction, il faudrait retrouver leurs corps et leur donner une sépulture religieuse et commune… murmura Emmy.
- Ne me dis pas que…
-Si, mon médiéviste à moi… Puisque nous avons une carte et qu’il me reste une semaine de congés à prendre… Nous donnerons le repos à l’âme du troubadour.»
 Quelques mois plus tard, une cérémonie religieuse était prononcée en la mémoire d’un couple vieux de sept cents ans. Lorsque le double tombeau fut refermé, une voix à peine audible souffla à l’oreille de Marc et d’Emilie.
«Merci…»
«C’était quoi? sursauta l’historien.
- Les derniers mots d’un fantôme qui va retrouver la paix…» répondit Emmy.
- Laissons le passé tranquille désormais, et si nous parlions de notre avenir commun?»

 

 

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