La fin du Voyage By Muur [2]  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

Prenant ma fille par la main, je la déposai dans la maison et me dirigeai vers celle de mon docteur  infidèle bien décidé à lui débiter tout ce que je pensais de lui. La porte étant ouverte, je m'empressai de rentrer et de monter l'escalier, comme s'il m’était familier. Entendant du bruit dans la chambre de Raphaël, je me permis de rentrer. Avec effroi, je vis le docteur agenouillé prés de son fils inanimé, ensanglanté avec un fusil à côté.

Hurlant, je redescendis en courant. Puis sortant sans me retourner, j'allai chercher ma fille, l'engouffrai dans ma voiture avant de démarrer hâtivement. Je roulai le plus vite possible avec la fuite comme seul objectif.

 

Trop fatiguée pour être aux aguets, je ne remarquai pas que la route se courbait. Je ne sentais pas non plus ma voiture se désengager du chemin tracé. Subitement, j'eus l'impression d’être suspendue dans le vide. Une impression qui ne dura que quelques millisecondes pendant lesquelles j'eus quand même le temps d'avoir une pensée pour ma chère petite à qui j'abrégeai injustement l’existence par ma négligence. Puis ce fut le néant, je sombrai dans l‘inconscience.
Lentement je revins à moi, je perçus le doux contact d'un drap propre sur ma joue, j'entendis murmurer, j'ouvris les yeux et je le vis.

En reconnaissant le meurtrier, je me remis désespérément à hurler.
«-Du calme chuchota Raphaël ce n'est qu'un stupide malentendu et je pense qu'il est temps de t'expliquer.»  Comment être calme quand on se trouve en face d'un homme coupable d’infanticide!
La porte au fond de la pièce s'ouvrit et je vis Manon entrer.  J'aurai dû m'en douter, la Manon que je connaissais était tout l'opposée d'une fragile déprimée. Qu'avait-ils fait de la vrai Manon? L'avait-ils tuée elle aussi? Avaient-ils déposé un piége sur la routes? J'aurai du me méfier, tant de choses clochaient depuis mon arrivée...
Quand la fausse Manon arriva près de mon lit, elle dit:
-Nous avons tout fait pour retarder le moment où nous serions obligés de tout vous dévoiler. Mais mon frère a raison, il est temps maintenant.
Son frère? Je ne comprenais pas,  peu importait ce qu'ils devaient  me dire, je voulais juste voir ma fille...Mon voeu fut exaucé la seconde d'après car je vis Angéla entrer en disant « Je suis là maman». Je manquais de défaillir remarquant qu’elle était suivie d’Angelo.
"-Angelo! Criai-je tu es vivant!
-Non il est mort répondit ma fille et moi aussi...
Ma première réaction fut le déni. Je me levai brusquement, et poussai ma fille vers la porte.
-Ce n'est pas vrai Angéla, tu m’entends, ils t'ont menti! Ils sont fous et sans doute dangereux. Vite il faut sortir d'ici!" criai-je affolée.

 

Raphaël se colla contre la porte et me dit tout doucement:
«-Personne ne quittera cette pièce, pas avant que vous n'ayez compris...Je suis désolé Elise mais nos enfants ont raison. Ils sont morts, et nous aussi Elise.»
 Je m’arrêtai comme anesthésiée, paralysée par la peur, je le laissais continuer. Il parla longuement, expliqua qu’il était le frère de Manon, qu’il était décédé trois ans plus tôt le même jour qu’Angelo dans des circonstances que je connaissais. Il n’avait jamais tué son fils, c’était un accident, il n’en voulait pas à Manon mais uniquement au destin.
«-Quand on est vivant, continua-t-il nous pensons que le temps est permanant, que seul notre monde est réel. Mais lorsque nous mourons nous entrons dans une nouvelle dimension.Un monde fait pour nous, uniquement pour nous, même s'il arrive que plusieurs personnes se retrouvent dans la même dimension. Le temps s'écoule différemment, il n'est plus linéaire mais devient cyclique et se répète incessamment. Ainsi tous les jours nous revivons les derniers instants de notre vie et les premiers de notre mort, ou plutôt de notre entrée dans notre nouveau microcosme. Vous êtes entrés dans le notre après votre accident. N'avez vous pas remarqué que les choses se répétaient depuis votre arrivée?  Ne vous êtes vous pas demandé comment il était possible de sortir sans blessures de cet accident de voiture?»
Je tremblais, je ne parvenais pas à les croire, je ne voulais pas les croire... Je regardai Raphaël, qui avait finalement l'air plus désolé que malinttentioné. Je voulais qu'ils me disent qu'ils plaisantaient, que j'étais en train de rêver, que j'allai me réveiller.
Puis enfin je compris qu'ils ne m’avaient pas menti: l'accident qui que nous revivions tous les soirs, la nourriture qui semblait se régénérer, le téléphone qui avait cessé de fonctionner, Manon qui…Manon! Que faisait-elle ici? N’était elle pas sensée vivre? M’accrochant à cette incohérence qui me rendait l’espoir, je soufflai:
-Et toi Manon? Dis moi que ce n’est pas vrai. Tu es vivante Manon, que ferait tu ici?
La jeune fille me regarda d’un air ennuyé
-Je me suis suicidé, avant votre arrivée, je n’arrivais plus à supporter, je n’arrivais plus à vivre après les avoir vu mourir. Je ne me suis jamais remise…Je sais que j’étais égoïste envers ma marraine, mais au moins elle pourra s’occuper de sa famille maintenant. Avant de m’injecter la substance qui devait me tuer, je les ai appelé. Ils étaient présents quand je suis passée de l’autre côté, et c’est peut-être pour cela que suis entrée dans leur dimension cet après-midi là. De la même façon que nous vous avons vu arriver…
J’avais la réponse à ma question, sans dire un mot, je sortis sur le balcon. Tremblante, je devais me rendre à l’évidence. Angéla fut la première à venir me rejoindre et je m’excusai car par ma faute jamais elle ne grandirai.
«-Ce n’est pas grave maman, me répondit-elle.Maintenant nous sommes en vacances pour toujours. 
Puis ce fut Raphaël qui vint et me chuchota:
«-Excuse moi de t’avoir laissé dans l’ignorance. Je voulais éviter que vous soufriez comme moi lorsqu’enfin j’ai compris…Je voulais d’abord que tu te sentes bien ici…Le plus dur pour nous est de ne pas avancer, de perpétuellement tout recommencer. Mais à cinq nous nous habituerons.»
Manon descendit sur la plage avec les enfants, les voyant s’éloigner en riant, je me résignais. Je regardais Raphaël, et lui chuchotai que nous aurions l’éternité pour nous aimer désormais.

Partager

 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS