Celui-ci ne semblait pas pouvoir s’arrêter, comme
s’il était possédé par une
créature démente. Dana attrapa Ash par le bras,
inquiète.
« -K-Kenneth ?.. » balbutia Leila, qui
recommençait à avoir les larmes aux yeux. Cette jeune
femme avait toujours été sensible et trouillarde
depuis qu’elle s’était faite agressée
dans la rue un soir de Noël, il y a trois ans de cela. Alors
que le soleil était couché, celle-ci revenait
à pieds du centre-ville, faute de taxi, les bras remplis de
cadeaux et autre friandises délicieuses. Or, pour retourner
chez ses parents, elle avait le choix entre un chemin très
long mais sûr et une avenue sombre et étroite
très peu fréquentée mais qui lui ferait gagner
un temps précieux. Optant pour le raccourci et ne
réalisant pas vraiment le danger volontaire qu’elle
courrait, Leila entreprit donc de traverser ce dédale de
ruelles, paquets en main. Tout se déroula très vite.
Deux hommes encapuchonnés l’avaient menacée
d’un couteau. Elle leur avait tout donné ; ses
paquets, son portefeuille, son manteau, son écharpe et
même ses chaussures. Une fois qu’ils l’avaient
dépouillée, l’un d’entre lui avait
assené un violent coup dans la nuque (dont elle garda des
séquelles) et, sous le choc, elle s’était
évanouie sur le sol enneigé, pieds nus et bredouille.
Ce fut un jeune couple, qui se promenait dans les alentours, qui la
retrouva quelques heures plus tard.

Depuis cet incident, Leila fut suivie par un psychologue et
fut régulièrement examinée.
Malgré les années qui passèrent, la
séparant toujours un peu plus de ce traumatisme, Leila
continuait cependant d’être fragile. Extrêmement
fragile. Elle avait eu beaucoup de chance de s’en être
sortie. Un second choc pourrait lui être fatal.
« - J’ai compris ! » se mit à ironiser
Kenneth, ne parvenant plus à contenir son fou rire nerveux.
« - C’est une blague ! Vous me faites une blague,
c’est ça ? Hein ? Alleeez, sortez les caméras
cachées !! » hurlait-t-il.
« - J’espère que tu as raison, Kenneth…
» souffla alors Dana.
« - Evidemment que j’ai raison !! Sérieusement,
dire que j’y ai cru pendant un instant !! Ha ! Ha !
»
Ash l’observa se tordre de rire. Il était fou. Oui,
fou. Mais il avait tout de même une bonne raison. Ils
étaient six – non, cinq désormais –
cloitrés dans une auberge au milieu de nulle part, ils
avaient tous reçu cette fameuse lettre anonyme qui leur
donnait rendez-vous dans cet endroit perdu, Kevin était mort
vraisemblablement d’une crise cardiaque alors qu’il
n’avait jamais eu de problème de cœur et Laila
avait disparu ! Oui, en effet, il y avait de quoi péter les
plombs.
« - Calme-toi Ken…J’ai malheureusement
l’impression que tout ceci est bien vrai. » marmonna
Ash, priant pour qu’il ait tort.
« - NON JE
NE ME CALMERAI PAS ! MAINTENANT J’AIMERAIS BIEN, SI CE
N’EST PAS TROP VOUS DEMANDER, DE CESSER DE JOUER AVEC MES
NERFS !! »
Jules intervint alors, visiblement en colère.
« - Ça ne vous dérange pas trop de hurler comme
ça dans une auberge ?! Vous n’êtes pas seuls
à ce que je sache !! »
« - Attendez, nous allons clarifier tout ça…
» Sur ces mots, Ash prit son ami par l’épaule et
le fit asseoir sur une chaise en bois à
proximité.
« - On va tous inspirer et expirer calmement, ok ? Et
ensuite, on fera le point. »