La voiture commençait
à patiner de plus en plus difficilement sur
l’épaisse couche de verglas que le froid avait
progressivement construit vers les hauteurs. La nuit était
presque aussi épaisse que le brouillard qui les entourait.
Alors que les phares transperçaient péniblement la
brume cotonneuse qui débordait de la forêt, un renard
jaillit sur la route et fixa un instant la voiture de ses yeux
luminescents sous la lumière des phares.
Ash se laissa surprendre et donna un violent coup de volant sur le
bas côté. Dana n’eut que le temps de crier. Elle
enfonça ses ongles dans le bras du jeune homme à le
faire saigner.
Puis plus rien.
Tout fut noir.
Lorsqu’ils revinrent à eux, ils ne savaient combien de
temps s’était écoulé et
n’étaient plus vraiment certains d’être
seulement encore vivants. Tout ce qui était sur, c’est
que la nuit était plus noire encore et que le vent, la pluie
avaient redoublé de violence.
C’est Dana qui parla la première :
« - J’ai froid, Ash… »
Le jeune homme s’assura qu’elle allait bien et
qu’elle n’était pas blessée.
Il tenta de redémarrer la voiture.
Rien à faire.
« Ecoute Dana, tu peux marcher ? Demanda-t-il, si nous
longeons la route nous devrions trouver du secours ou à
défaut un abri pour passer la nuit .
- Ca devrait aller. »
Ils sortirent de la voiture et se mirent à marcher sur le
bitume verglacé avec précaution. Ils n’avaient
pas fait 2 km que quelques lumières en abord de la route
attirèrent leur attention.

En s’approchant ils
découvrirent un chalet imposant dont l’allure
était presque fantomatique sous ces nappes de brouillard et
de pluie.
Ils cognèrent à la porte, et un jeune homme leur
ouvrit cordialement. En entrant, ils furent ravis de
découvrir qu’ils étaient arrivés dans
une auberge.
« - Au moins nous aurons un endroit chaud pour passer la
nuit, soupira Dana. »
Le jeune homme était retourné à la
réception.
« - Je peux faire quelque chose pour vous, Madame, Monsieur
?
- Nous avons eu un accident en contrebas, à quelques
kilomètres d’ici, se risqua Ash, serait-il possible
d’appeler une dépanneuse ?
- Avec cette tempête répondit Jules, j’ai bien
peur que personne ne mette le nez dehors avant demain matin.
- C’est ennuyeux, se désola Dana, nous allons
être coincés ici pour la nuit… Vous serait-il
possible de nous donner deux chambres pour ce soir, monsieur
?
- Deux, non. Cela risque d’être délicat,
répondit l’aubergiste, c’est la pleine saison de
la chasse et nous sommes presque complets, il ne me reste
qu’une chambre de libre »
Dana fit une grimace ennuyée. Elle aimait bien Ash, mais de
là à dormir dans la même chambre…
« - Il y a méprise, monsieur, dit-elle, nous ne sommes
pas un couple, mais seulement des amis…
- Ecoutez, demoiselle, je n’ai qu’une chambre. Personne
ne vous oblige à dormir dans le même lit, ce que vous
ferez là bas, moi ça ne me regarde pas. »
Et sur ces mots, Jules leur tendit la clef de la chambre 109.
Bon gré, mal gré, Dana et Ash montaient les escaliers
lorsque des voix familières se firent entendre
derrière eux.
« - Dana ? Ash ? C’est vous ? Ce n’est pas
possible !!!!! »
Quatre personnes les observaient d’un air
étonné.
Kenneth brisa le silence qui s’était
installé.
« - Vous avez reçu la lettre vous aussi ?
- Quelle lettre ? demanda Ash.
- Celle qui nous demandait de nous rendre dans cette auberge, ce
soir…
- Non, non pas du tout, nous avons eu un accident à 2 ou 3
kilomètres d’ici et la voiture est dans le
fossé. Avec la tempête nous devrons attendre demain
pour pouvoir poursuivre notre route.
- Quelle coïncidence, rit Leila, vous n’allez pas me
dire que c’est pas étonnant tout de même, tous
les 6, ici, au milieu de nulle part, ce soir… »
Dana haussa les épaules, d’un air un peu
dédaigneux.
« - Surement, répondit-elle sceptique.
- Vous vous joindrez à nous pour le dîner ? demanda
Kevin.
- On verra, on verra, répliqua Ash, visiblement
pressé lui aussi d’en finir avec cette discussion.
«

Dana et Ash jetèrent un
œil derrière eux rapidement, tandis qu’ils
enfonçaient la clef dans la serrure de la chambre 109, les
quatre jeunes gens semblaient descendre les escaliers avec une
discussion animée dont ils ne percevaient pas
véritablement de mot audible.
La chambre était plutôt petite, mais bien
équipée. Evidemment, il n’y avait qu’un
lit et un petit fauteuil, qui a défaut d’être
large, avait l’air toutefois confortable.
« - Bon, tu prends le fauteuil, Ash ?
- Attends, pourquoi c’est toujours à l’homme de
se sacrifier, Dana ! Vous l’avez voulu
l’égalité, vous l’avez ! On a aussi le
droit de dormir dans un lit désormais !
- Parce que tu vas te sacrifier pour cette chose si rare et si
oubliée que l’on nomme galanterie, mon chou !
rétorqua-t-elle en lui envoyant un clin d’œil
».
Sur ces mots, elle se dirigea vers la salle de bain, sans lui
laisser le temps de répondre.
« - Galanterie, galanterie, je vais t’en donner moi de
la galanterie… marmonna-t-il vexé. »
Puis il se fit brusquement songeur. Le visage de Laila lui
apparaissait clairement. Il se laissa absorber doucement par sa
vision lorsque celle de Kenneth lui revint brusquement aussi
à l’esprit et le tira de sa rêverie.
« - Qu’est-ce qu’ils fichent ici tous les
quatre… Et qu’est-ce que c’est que cette
histoire de lettre… »
Machinalement, il porta sa main sur sa poche, et sembla palper
quelque chose.
Un cri se fit brusquement entendre.
Dana se précipita hors de la salle de bains,
affolée.
« - Tu as entendu ce hurlement, Ash ? Qu’est ce que
c’était ?
- Je ne sais pas, ça venait d’en bas ! »
- Allons voir ! »
Les deux jeunes gens descendirent rapidement les escaliers qui les
séparaient de la réception et
s’arrêtèrent nets. Interloqués.
La scène était subitement devenue macabre.

Laila pleurait dans les bras de
Leila, et Kenneth s’était assis de stupeur. Kevin,
blafard, gisait sur le sol. Sans bouger. L’aubergiste sembla
adresser un signe à son épouse qui se dirigea vers le
téléphone.
Il se pencha sur le corps inerte et tâta son cou. Il approcha
son visage de celui de Kevin. Lorsqu’il se redressa, il ne
prononça que ces trois mots :
« - Il est mort. »
Son épouse revint rapidement vers les lieux où se
déroulait la scène.
« - Les lignes sont coupées, impossible de
téléphoner ou d’accéder au net…
affirma-t-elle d'un ton solennel. »