Introduction [LindsayDole]  (Cadavre exquis [Avril 2008]) posté le mardi 01 avril 2008 21:20

La voiture commençait à patiner de plus en plus difficilement sur l’épaisse couche de verglas que le froid avait progressivement construit vers les hauteurs. La nuit était presque aussi épaisse que le brouillard qui les entourait. Alors que les phares transperçaient péniblement la brume cotonneuse qui débordait de la forêt, un renard jaillit sur la route et fixa un instant la voiture de ses yeux luminescents sous la lumière des phares.
Ash se laissa surprendre et donna un violent coup de volant sur le bas côté. Dana n’eut que le temps de crier. Elle enfonça ses ongles dans le bras du jeune homme à le faire saigner.
Puis plus rien.
Tout fut noir.
Lorsqu’ils revinrent à eux, ils ne savaient combien de temps s’était écoulé et n’étaient plus vraiment certains d’être seulement encore vivants. Tout ce qui était sur, c’est que la nuit était plus noire encore et que le vent, la pluie avaient redoublé de violence.
C’est Dana qui parla la première :
« - J’ai froid, Ash… »
Le jeune homme s’assura qu’elle allait bien et qu’elle n’était pas blessée.
Il tenta de redémarrer la voiture.
Rien à faire.
« Ecoute Dana, tu peux marcher ? Demanda-t-il, si nous longeons la route nous devrions trouver du secours ou à défaut un abri pour passer la nuit .
- Ca devrait aller. »
Ils sortirent de la voiture et se mirent à marcher sur le bitume verglacé avec précaution. Ils n’avaient pas fait 2 km que quelques lumières en abord de la route attirèrent leur attention.

En s’approchant ils découvrirent un chalet imposant dont l’allure était presque fantomatique sous ces nappes de brouillard et de pluie.
Ils cognèrent à la porte, et un jeune homme leur ouvrit cordialement. En entrant, ils furent ravis de découvrir qu’ils étaient arrivés dans une auberge.
« - Au moins nous aurons un endroit chaud pour passer la nuit, soupira Dana. »
Le jeune homme était retourné à la réception.
« - Je peux faire quelque chose pour vous, Madame, Monsieur ?
- Nous avons eu un accident en contrebas, à quelques kilomètres d’ici, se risqua Ash, serait-il possible d’appeler une dépanneuse ?
- Avec cette tempête répondit Jules, j’ai bien peur que personne ne mette le nez dehors avant demain matin.
- C’est ennuyeux, se désola Dana, nous allons être coincés ici pour la nuit… Vous serait-il possible de nous donner deux chambres pour ce soir, monsieur ?
- Deux, non. Cela risque d’être délicat, répondit l’aubergiste, c’est la pleine saison de la chasse et nous sommes presque complets, il ne me reste qu’une chambre de libre »
Dana fit une grimace ennuyée. Elle aimait bien Ash, mais de là à dormir dans la même chambre…
« - Il y a méprise, monsieur, dit-elle, nous ne sommes pas un couple, mais seulement des amis…
- Ecoutez, demoiselle, je n’ai qu’une chambre. Personne ne vous oblige à dormir dans le même lit, ce que vous ferez là bas, moi ça ne me regarde pas. »
Et sur ces mots, Jules leur tendit la clef de la chambre 109.
Bon gré, mal gré, Dana et Ash montaient les escaliers lorsque des voix familières se firent entendre derrière eux.
« - Dana ? Ash ? C’est vous ? Ce n’est pas possible !!!!! »
Quatre personnes les observaient d’un air étonné.
Kenneth brisa le silence qui s’était installé.
« - Vous avez reçu la lettre vous aussi ?
- Quelle lettre ? demanda Ash.
- Celle qui nous demandait de nous rendre dans cette auberge, ce soir…
- Non, non pas du tout, nous avons eu un accident à 2 ou 3 kilomètres d’ici et la voiture est dans le fossé. Avec la tempête nous devrons attendre demain pour pouvoir poursuivre notre route.
- Quelle coïncidence, rit Leila, vous n’allez pas me dire que c’est pas étonnant tout de même, tous les 6, ici, au milieu de nulle part, ce soir… »
Dana haussa les épaules, d’un air un peu dédaigneux.
« - Surement, répondit-elle sceptique.
- Vous vous joindrez à nous pour le dîner ? demanda Kevin.
- On verra, on verra, répliqua Ash, visiblement pressé lui aussi d’en finir avec cette discussion. «

Dana et Ash jetèrent un œil derrière eux rapidement, tandis qu’ils enfonçaient la clef dans la serrure de la chambre 109, les quatre jeunes gens semblaient descendre les escaliers avec une discussion animée dont ils ne percevaient pas véritablement de mot audible.
La chambre était plutôt petite, mais bien équipée. Evidemment, il n’y avait qu’un lit et un petit fauteuil, qui a défaut d’être large, avait l’air toutefois confortable.
« - Bon, tu prends le fauteuil, Ash ?
- Attends, pourquoi c’est toujours à l’homme de se sacrifier, Dana ! Vous l’avez voulu l’égalité, vous l’avez ! On a aussi le droit de dormir dans un lit désormais !
- Parce que tu vas te sacrifier pour cette chose si rare et si oubliée que l’on nomme galanterie, mon chou ! rétorqua-t-elle en lui envoyant un clin d’œil ».
Sur ces mots, elle se dirigea vers la salle de bain, sans lui laisser le temps de répondre.
« - Galanterie, galanterie, je vais t’en donner moi de la galanterie… marmonna-t-il vexé. »
Puis il se fit brusquement songeur. Le visage de Laila lui apparaissait clairement. Il se laissa absorber doucement par sa vision lorsque celle de Kenneth lui revint brusquement aussi à l’esprit et le tira de sa rêverie.
« - Qu’est-ce qu’ils fichent ici tous les quatre… Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de lettre… »
Machinalement, il porta sa main sur sa poche, et sembla palper quelque chose.
Un cri se fit brusquement entendre.
Dana se précipita hors de la salle de bains, affolée.
« - Tu as entendu ce hurlement, Ash ? Qu’est ce que c’était ?
- Je ne sais pas, ça venait d’en bas ! »
- Allons voir ! »
Les deux jeunes gens descendirent rapidement les escaliers qui les séparaient de la réception et s’arrêtèrent nets. Interloqués.
La scène était subitement devenue macabre.

Laila pleurait dans les bras de Leila, et Kenneth s’était assis de stupeur. Kevin, blafard, gisait sur le sol. Sans bouger. L’aubergiste sembla adresser un signe à son épouse qui se dirigea vers le téléphone.
Il se pencha sur le corps inerte et tâta son cou. Il approcha son visage de celui de Kevin. Lorsqu’il se redressa, il ne prononça que ces trois mots :
« - Il est mort. »
Son épouse revint rapidement vers les lieux où se déroulait la scène.
« - Les lignes sont coupées, impossible de téléphoner ou d’accéder au net… affirma-t-elle d'un ton solennel. »

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