Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]

Concours de l'été : résultats  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

 

Organisé sur deux mois, juillet et août, afin de laisser le temps à tout le monde de s'organiser avec les vacances, le concours avait pour thème les Vacances bien évidemment.

Le but était de rédiger une nouvelle illustrée avec les Sims (bien entendu).

 

Avant de vous faire découvrir les oeuvres de nos trois gagnants, les voici

Flygon
Miss Crumble ou comment avoir l'homme de ses rêves à ses pieds

Koelia
La malédiction du manoir

Muur
La fin du voyage

 

Arrivés ex aequos avec 5 votes chacun, nous les félicitons vivement et nous remercions également les autres participants qui ont su nous émouvoir avec leurs récits de vacances, tranquilles ou catastrophes.

Vacances et crise de nerfs par Aziiat et maGma
New York, New York par Juliannews
C'est les vacances !! par Aria974
L'inconnu de l'océan par Angenoire

Vous retrouverez tous ces textes dans la partie Archives des Evènements.

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La fin du Voyage By Muur  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

Encore deux heures et je serai enfin en vacances pensais je tout en posant ma tasse de café brûlant au bord de la fenêtre.

 

A six ans, ma fille n'avait encore jamais vu la mer et je me faisais une joie de la voir courir dans le sable et sauter entre les vagues. Il y a deux semaines encore, j'imaginais passer mon mois de congés entre mes quatre murs et le petit square au bout de ma rue désertée en ce mois d'été. En traversant le couloir j'eus une petite pensée pour ma patiente grâce à qui je pourrai profiter de la plage cette année. Elle se plaignait de ne plus jamais voir sa fille retenue chez elle par son devoir de marraine envers une filleule de 19 ans dépressive...«Bientôt trois ans, un terrible accident...la pauvre petite a tout perdu, et elle replonge dans la dépression. Ma fille aimerait venir, mais la petite refuse de l‘accompagner.On ne peut pas la laisser trop longtemps seule... Vous ai-je dit qu'elle avait déjà tenté de se suicider?...» Non je l'ignorais. Quand ma patiente eût sa fille au téléphone, elle voulut que j'essaye de la convaincre de venir, mais ce fut  elle qui me convainquit de passer mes vacances dans sa villa. En échange, je garderai un œil protecteur sur sa nièce préférée. J'acceptais et ma réticence première s'était transformée en enthousiasme grandissant à l‘approche du voyage. 
 Je pus finalement aborder l’autoroute vers vingt heures. Je dus supporter deux longues heures immobilisée alors que la nuit tombait. Je n'échappais pas non plus aux classiques «on est bientôt arrivé», «je veux faire pipi» «je m'ennuie» d'une petite fille peu habituée aux trajets de durée supérieure à une demi-heure. Je quittai enfin l'autoroute pour une petite route inèclairèe, étroite caillouteuse, et sinueuse. Enfin, j'aperçus au loin la villa dans laquelle je logerai. Lui faisant face, se dressait une grande maison l’air inhabitée, et le pavillon de Manon.

 

Trop occupée à observer ce hameau, trop fatiguée pour être aux aguets, je ne remarquai pas que la route se courbait. Je ne sentais pas non plus ma voiture se désengager du chemin tracé. Subitement, j'eus l'impression d’être suspendue dans le vide. Une impression qui ne dura que quelques millisecondes pendant lesquelles j'eus quand même le temps d'avoir une pensée pour ma chère petite à qui j'abrégeai injustement l’existence par ma négligence. Puis ce fut le néant, je sombrai dans l‘inconscience.

 

Lentement je revins à moi, je perçus le doux contact d'un drap propre sur ma joue, j'entendis murmurer, j'ouvris les yeux et je le vis.

 

 

C'était un visage d'homme, les traits réguliers, les cheveux sombres  et les yeux bleus foncés. Il me souriait  Je parvins à pronnoncer quelques mots malgré mes cordes vocales endolories.
«-Où suis-je?»
L'homme continua de sourire mais son regard s'assombrit encore un peu.
-Vous avez eu un accident finit-il par me dire
 Puis tout me revint, la nuit, la fatigue, le vide... l'accident...Angéla!
«-Angéla!» Criai-je d'un seul coup tout à fait éveillée, ne ressentant plus la douleur, mais uniquement la peur, la peur d'avoir perdu le plus précieux trésor que ma vie désordonnée m‘avait donné, la peur d'être vivante alors qu'elle ne l'était plus.  Une porte s'ouvrit au fond de la pièce et ma fille apparut.
«-Tout va bien, je n'ai rien. Me dit-elle simplement sans deviner le soulagement que ses paroles pouvaient procurer à une mère èpleurée. Elle s'avança je la serrai dans mes bras, alors que l'inconnu me regardait. Son sourire qui m'avait d’abord réconforté me semblait bien  impertinent maintenant.
«-Vous n'avez pas appelé les urgences? Un médecin? Demandai-je d'un ton accusateur
-C’était inutile me dit-il, je suis médecin
-Et moi infirmière répondis-je furieusement, et  je sais que lors d'un accident même un  médecin doit envoyer les accidentés à l'hôpital. Nous avons peut-être des blessures internes nécessitant un scanner.
-Vous n'avez rien reprit-il tout aussi calmement, votre voiture n'est même pas abîmée.»
J’étais étonnée  qu'un accident qui m'avait paru si important  puisse faire si peu de dommages.
«-Vous avez l'air fatigué me dit le médecin de campagne, je vais vous conduire chez vous.
-Où sommes nous ? Demandai-je
-je suis le voisin des Gerty, Manon m'a dit que vous arriveriez pour veiller sur elle.
-Effectivement, mais je croyais cette maison inhabitée lui répondis-je effrayée.
-Nous venons d'emménager me dit-il le regard gêné.»
Trop lasse pour argumenter, je me laissai guider vers la villa où je m'endormis d’un sommeil profond jusqu’au lendemain matin.
Lorsque je descendis dans la cuisine, je vis une jeune fille assise qui regardait par la fenêtre. Elle se retourna m’entendant arriver.    

 

 

«-Je suis Manon me dit-elle. Je suppose que vous êtes l'infirmière venue me fliquer?
-Bonjour Manon lui répondis-je sans me laisser déstabilisée par ce regard mauvais. Je m'appelle Elise et je vous présenterai ma petite Angèla quand elle se réveillera. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas ici pour vous surveiller, mais juste pour vous tenir compagnie et vous aider si vous voulez.
-Bien, répondit une Manon un peu plus détendu. Vous allez pouvoir passer des vacances tranquilles car je n'ai besoin de rien. Mais je préférais vous prévenir tout de suite, pour qu'il n'y ai pas de malentendu. Voulez vous du café?”
 J'acceptai, et je lui proposai de faire les courses après le petit déjeuner.
-Les placards et le frigo sont pleins me répondit-elle simplement. Ma marraine m'a dit que vous pouviez vous servir. Allez plutôt profiter de la plage ensoleillée.»
Je suivis ses conseils, et passai la matinée sur le sable avec Angéla ravie. Manon nous rejoignit  puis  nous déjeunâmes sur la terrasse en face de la plage. En jetant un regard vers la maison d'en face, j'interrogeai Manon sur ses voisins. Son visage passa par toute les stades, du rouge écarlate à une pâleur mortelle. Retrouvant sa couleur naturelle,  elle me répondit calmement:
«-Ils viennent d'emménager, il y a …juste quelques jours. Je leur loue la maison... C'était des amis de mon frère» sa voix s'attrista en prononçant ce dernier mot.
Ses paroles m'intriguèrent, j'avais l'impression qu'elle inventait quelque chose pour que je ne puisse pas connaître la véritable raison de la présence de ses voisins.
«-Mon frère et mon neveu sont morts il y a trois ans…à cause de moi. Je devais le surveiller, mais je ne l’ai pas fait…Il s’ennuyait et il a décroché le fusil, il voulait s’amuser, il ne savait pas qu’il était chargé…il s’est tué…Mon frère n’a pas supporté et s’est suicidé quand il est arrivé…»
Perdue dans ses souvenirs, elle resta silencieuse un moment.
 «-Les voilà reprit-elle en  désignant du doigt mon docteur injustement accusé de squatter accompagné d'un petit garçon l'air à peine plus âgé que ma fille. Je vais vous les présenter.
-Nous avons déjà fait connaissance répondis-je avec un léger sourire. Mon arrivée était un peu chaotique hier soir. Par contre je n'ai pas rencontré le petit garçon. C'est son fils?
-Oui et c'est mon neu... commença elle en souriant, avant de rougir et de reprendre d'un ton confus:
-je voulais dire qu'il est comme mon petit frère, enfin pas encore mais bientôt car j'adore m'en occuper.»
En voyant le regard complice entre Manon et son voisin, j'eus soudain l‘impression d‘abuser, car je profitais de vacances gratuites pour tenir compagnie à une jeune fille seule et déprimée. Mais  Manon paraissait épanouie et bien entourée.  Je m'excusai alors de mon comportement de la veille. Mon voisin s'appelait Raphaël, son fils Angelo, et il était ravi de me revoir.
"-Sa mère était italienne m'expliqua-il en parlant d'Angelo. Elle nous a quitté il y a trois ans. "
Encore trois ans... comme l’accident…Pour détendre l’atmosphère je répondis en souriant:
"-C’est amusant, Ma fille s'appelle Angèla, j’ignore si je vous l'ai dit hier, j'étais trop perturbée."
 Nous expliquâmes à Manon l’accident de la veille tandis que les enfants faisaient connaissance. Vers quinze heures, Manon nous quitta pour se reposer chez elle.
 Les enfants commencèrent à s’amuser dans le sable mouillé tandis que Raphaël et moi nous retrouvâmes seuls, côte à côte sur le sable asséché.

 

Nous nous découvrîmes beaucoup de points communs. Nous aimions la littérature et le calme. Il était médecin, j'étais infirmière. Tous les deux avions traversé des périodes de vie difficiles. Il était veuf, père d'un petit Angelo, j'étais divorcée, mère  d'une petite Angéla. Le soir, nous dînâmes tous ensembles à la lueur de bougies. J'eus soudain un cruel besoin de prendre le volant. Il était tard et partir à cette heure était insensé, indigne d'une mère exemplaire. Toutefois, j'installai ma fille et nous partîmes. J'eus l'impression de tourner en rond pendant des heures, sans vouloir m'arrêter, sans pouvoir m'arrêter. Je ne croisai durant ce trajet ni village, ni habitions ni véhicules, ni passant. Et, alors que je me croyais perdue, j'aperçus trois maisons. Soulagée au début, je me rendis compte ensuite qu’il s'agissait de notre villa. Je me sentais épuisée, énervée, déboussolée.

 

Trop occupée à observer ce hameau, trop fatiguée pour être aux aguets, je ne remarquai pas que la route se courbait. Je ne sentais pas non plus ma voiture se désengager du chemin tracé. Subitement, j'eus l'impression d’être suspendue dans le vide. Une impression qui ne dura que quelques millisecondes pendant lesquelles j'eus quand même le temps d'avoir une pensée pour ma chère petite à qui j'abrégeai injustement l’existence par ma négligence. Puis ce fut le néant, je sombrai dans l‘inconscience. Lentement je revins à moi, je perçus le doux contact d'un drap propre sur ma joue, j'entendis murmurer, j'ouvris les yeux et je le vis.

Je reconnus Raphaël cette fois et lui demandai avant tout des nouvelles de ma fille. “-Elle va bien, viens” murmura-il en me prenant la main
Je me levai ensuite sans difficulté et le suivis dans le couloir jusqu’à une porte décorée d'un écriteau Angelo.

 

Il l’ouvrit et je vis nos deux petits anges profondément endormis. Raphaël avait installé un lit pour ma fille. Nous sortîmes de la chambre, et il m'emmena sur le balcon. Il me demanda de l'attendre quelques instants, puis revint une bouteille de champagne et deux flûtes à la main.
“-Que fêtons nous? demandai je étonnée
-Votre chance face aux accidents, la santé de nos enfants, et vos vacances qui ont permis notre rencontre. Et puis le champagne est un excellent remède après un choc émotionnel.
-Ce n'est pas très éthique cher docteur répondis-je en souriant”
Il me rendit mon sourire tout en remplissant nos deux verres du précieux breuvage aux jolies perles dorées. Nous contemplâmes ensemble la mer tout en dégustant notre champagne. Le premier verre n'ayant pas suffit  à assouvir nos besoins éthyliques, nous le complétâmes par un deuxième puis par un troisième. Après la dernière coupe, ses lèvres rejoignirent les miennes dans un baiser passionné.


 

Quelques heures plus tard, je me réveillai dans le même lit que la veille. Je me levai et descendait. Deux voix provenaient de la cuisine...
«-C'est sans doute le moment de lui dire pour nous deux commença Raphaël
-Il est trop tôt répondit Manon, elle n'est pas prête. Continuons à faire semblant encore quelques temps.»
 En entendant ces mots je sentis mon sang se glacer et ne cherchai pas d'autres interprétations à ses paroles. Tremblante, le regard fixe, je me retournai, remontai, réveillai ma fille. Nous traversâmes la cuisine sans un mot. Une fois arrivées à la porte, je tournai la tête brutalement et lançai froidement:
«-Merci d'avoir gardé Angela. Passez une bonne journée tous les deux!» J'insistai bien sur les deux derniers mots avant de sortir en claquant la porte.
En arrivant chez moi, ou plutôt chez une marraine trompée par une filleule débauchée, Angéla me réclama sans attendre ses céréales préférées.
«-Il n'y en a plus répondis-je, je vais te préparer une tartine
-Si  regarde» me répondit-elle en désignant du doigt un paquet sur le buffet
J'étais pourtant certaine d'avoir fini le paquet. Je passai ensuite la journée enfermée entres mes magasines ennuyeux et les caprices de ma fille qui s'ennuyait. Je me sentais inutile dans le rôle protecteur d'une jeune fille déprimée qui l'était finalement moins que moi et je commençai à songer à mon retour. J'essayai vainement d'appeler mes parents mais le téléphone sonnait continuellement occupé, comme s'il était débranché. En fin de soirée, après avoir écouté toute la journée les jérémiades de mon ange préférée, je l'emmenai finalement sur la plage. Au moment de remonter j'aperçus au loin Manon qui se baignait.

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La malédiction du Manoir By Koelia [2]  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

Les deux premières semaines de vacances d’Emilie se déroulèrent à toute allure avec toutes les démarches administratives à accomplir et son emménagement définitif. Marc était revenu la voir le soir-même pour l’inviter à dîner et elle avait accepté. Ils se voyaient presque tous les jours et Emilie avait l’impression de flotter sur un petit nuage.
 Pourtant, dès qu’elle s’installait tranquillement dans sa chambre le soir, un étrange phénomène la poussait à ouvrir le coffret du pendentif et dès qu’elle l’effleurait, il se réchauffait, et la voix lointaine se faisait entendre. Son esprit cartésien se révoltait contre cette idée, mais elle décida de faire des recherches sur la famille de Marcigny. Le fantôme, si fantôme il y avait, était sans doute issu d’une vieille histoire et pour lui rendre la paix, il fallait résoudre son problème!
 Elle commença par fouiller le vieux bureau de son aïeul, qui ne recelait que des documents administratifs récents, puis le grenier où au milieu de vieux cartons de vêtements qui feraient le bonheur d’enfant à carnaval, elle découvrit un grand carton barré d’une inscription: Blanche. Le cœur battant, elle arracha le ruban adhésif et feuilleta les premiers dossiers, médicaux, qui témoignaient de la démence qui s’était emparé de sa grand-mère. Elle les rejeta de côté. Puis, des dossiers notés généalogie, archives…
 Apparemment sa grand-mère avait eu la même idée qu’elle et tout le travail de recherche avait été fait. Toute la généalogie de la famille Marcigny était établie jusqu’en 1258, date à laquelle leur valeureux ancêtre avait gagné sa baronnie. Il y avait de nombreux commentaires ajoutés par Blanche dans la marge, lorsqu’elle avait trouvé des détails plus précis. Les premiers cas de folie recensés dataient du quartorzième siècle.
[img]http://img210.imageshack.us/img210/1986/nouvelle8copiekq5.jpg[/img]
 Emilie trouva aussi le journal de sa grand-mère, atterrée par les inepties écrites à la fin, elle constata qu’elle avait vraiment fini par perdre la raison. Mais en remontant le temps, elle découvrit les derniers moments de lucidité. Blanche y expliquait qu’elle avait découvert des archives secrètes dans une cache du bureau du manoir, dans laquelle se trouvaient de très anciens manuscrits en latin. Malheureusement, elle ne pouvait pas les traduire et les y avait laissé en attendant de trouver quelqu’un capable de le faire. La maladie lui avait fait oublié jusqu’à leur existence.

***

«Emmy? Emmy! Qu’est-ce que tu fiches bon sang?»

 

 

La jeune femme leva la tête de sa lecture et sursauta en regardant l’heure: elle avait passé la journée à compulser ces notes et avait complètement oublié son rendez-vous chez Marc. Il était onze heure du soir… La colère du jeune homme retomba en voyant son air exténué.
«Emilie? Tu es souffrante? Je vais appeler…
- Non! coupa-t-elle. Je vais bien…
- Tu n’en as pas l’air! Et notre rendez-vous?»
 Se sentant coupable, Emilie nota la tenue particulièrement soignée de son ami et baissa les yeux vers son affreux jogging.
«Je suis navrée, Marc… J’ai voulu faire des recherches sur ma famille…
- Et tu es tombée sur des documents tellement passionnants que tu n’as pas pu les lâcher? Je connais ça! termina-t-il rassuré. Raconte-moi tout!
 La jeune femme s’assit face à lui et lui fit un résumé.
«Selon Blanche, le premier cas de folie était celui d’Hersande en 1378. Mais il lui manquait les détails de son histoire.
- Ses recherches étaient très poussées pour une autodidacte… commenta Marc. Je serais curieux de voir ces manuscrits!»
 Les documents découverts par Blanche de Marcigny n’avaient pas bougé depuis quarante ans et Marc laissa échapper un soupir de bonheur en les découvrant.
«Il s’agit des chroniques du domaine jusqu’en 1459. Tout ceci est fascinant, Emilie… Mais je ne peux pas y toucher davantage sans les détériorer. Il faut confier ces archives à des spécialistes! J’en connais un à Paris… Je les envoie demain à la première heure, si tu m’y autorises!
- Évidemment!»


***

Pendant trois mois, la jeune femme attendit sans rien oser demander et un soir, Marc l’attendait chez elle: souper aux chandelles, champagne et…
«Voilà, Emilie: j’ai reçu les manuscrits restaurés, et je les ai traduits…»

 

 

La jeune femme se jeta dans ses bras et l’embrassa passionnément.
«Dis-moi! As-tu trouvé quelque chose concernant cette malédiction?
- Quelle impatience, quel feu! Et bien, ma petite chérie, apprend qu’au milieu d’ennuyeuses archives concernant les impôts, les récoltes, les serfs et les guerres, j’ai découvert un miracle…
- Allez ! Ne me fais pas languir !
- Mathilde, la fille d’Hersande de Marcigny a fait une confession tellement lourde à un vieux moine qu’il n’a pas pu la garder pour lui… Il l’a glissée dans les archives du domaine, laissant à Dieu le soin de décider si elle serait ou non découverte. En résumé, le fond du problème est une histoire d’amour qui a mal fini. Hersande de Marcigny, mariée contre son gré à quinze ans est tombée amoureuse de Thibaut d’Ambry, troubadour célèbre. Ils ont été surpris par le baron de Marcigny, qui n’a pas vraiment apprécié de se voir cocufié. Il leur a concocté un terrible châtiment: ils sont morts emmurés l’un à côté de l’autre dans une grotte du mont Artis. Et pour convaincre sa fille que l’adultère n’était pas une voie conseillée pour une jeune femme, il l’a faite assister à cette ignominie.
- Quelle horreur!
- Elle a d’ailleurs donné au moine une carte détaillée du lieu de ce crime. Mathilde était persuadée que l’esprit du troubadour voulait rejoindre sa bien aimée. Cela la rendue folle.
- Donc, pour rompre la malédiction, il faudrait retrouver leurs corps et leur donner une sépulture religieuse et commune… murmura Emmy.
- Ne me dis pas que…
-Si, mon médiéviste à moi… Puisque nous avons une carte et qu’il me reste une semaine de congés à prendre… Nous donnerons le repos à l’âme du troubadour.»
 Quelques mois plus tard, une cérémonie religieuse était prononcée en la mémoire d’un couple vieux de sept cents ans. Lorsque le double tombeau fut refermé, une voix à peine audible souffla à l’oreille de Marc et d’Emilie.
«Merci…»
«C’était quoi? sursauta l’historien.
- Les derniers mots d’un fantôme qui va retrouver la paix…» répondit Emmy.
- Laissons le passé tranquille désormais, et si nous parlions de notre avenir commun?»

 

 

******

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Miss Crumble [...] à ses pieds . By Flygon  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

 

En ce beau jour d’été, la fille était couchée sur le sol rose de sa chambre, avec à proximité d’elle un magazine acheté ce matin même et son ordinateur portable qui était éteint. Elle était seulement vêtue d’un pauvre pyjama avec des motifs divers sur le bas et des pantoufles bleus signé Maxis, qu’elle a sûrement récupéré à la décharge la plus proche. Sa coiffure était bien enfantine : deux couettes, l’une plus haute que l’autre et qui tombaient du même côté et qui tenaient à la tête à l’aide de deux jolies pinces blanches en plastique vendues chez Rosesims. Voici ce que porte les jeunes filles en mal d’amour, et surtout, fainéantes. Elle regarda la couverture de son magazine.

- Miss Crumble ? C’est qui elle ? Comment ça j’aurais l’homme de mes rêves à mes pieds ? Peuh nawak ce truc !! Mais testons quand même…

Elle se mit à tourner rapidement les pages, jusqu’à tomber à la bonne rubrique : « Miss Crumble, ou comment avoir l’hommes de ses rêves à ses pieds ». Elle commença à suivre scrupuleusement toutes les démarches…

« Tout d’abord, bonjour ! Vous êtes en mal d’amour ? Vous avez besoin d’aide pour conquérir l’homme que vous regardez de loin chaque jour ? No problem ! J’ai la solution à vos soucis ! Grâce à ma méthode 100% garantie, vous le ferez tomber à vos pieds ! Tout ça en quelques étapes ! Vous êtes prêtes ? C'est parti ! »

« Commencez par me ôter cet hideux vêtement qui vous sert de pyjama ! Maxis n’est pas le meilleur en habits. Moi je vous conseilles le maillot de bain pour cet été ! Et ceux de Lianasims sont absolument sublimes ! Vous avez la peau claire ? Optez pour du rouge ! Peau mat et foncée, je vous recommande le noir ! Et n’hésitez pas à ajouter quelques accessoires ! Elynia propose une grande collection de magnifiques colliers ! Lianasims vous propose de très jolis bracelets et sac de plage ! Le ruban autour de la taille fait fureur cet été ! »

« Passons maintenant à la coiffure, et au maquillage ! La tendance de cet été nous indique que les femmes aux cheveux ondulés gagnent en popularité ! Vous avez des cheveux courts, ou mi-longs ? Prenez donc comme exemple la grande mannequin de Peggysims qui est coiffée comme une reine, avec la tresse sur le côté ! Vous avez des cheveux longs ? Je vous recommande de les onduler, puis d’utiliser un joli bandana, un ruban ou encore un chapeau de paille ! Les mèches blondes sont à déconseiller pour les rousses.
Ensuite, le maquillage. L’été nous demande de rester naturelle ! Utilisez donc des produits qui donnent un effet réaliste et un teint qui va avec votre couleur de peau ! Je vous conseille la gamme Bruno, disponible chez MTS2 ! Le mascara d’Anva est vraiment le produit de ce moment ! N’hésitez pas sur le blush, mettez en tant que vous voudrez ! Le nouveau de LaPink donne un résultat impeccable. Un joli rose pale est idéal pour vos lèvres, quelque soit votre couleur de peau. »

 

« Et vous voila métamorphosée ! Vous êtes prête à séduire votre homme ! Allez-y, prenez votre téléphone, composez son numéro, et invitez le chez vous ! Vous le ferez tomber sous votre nouveau charme spécial été 2008 ! »



« PS : cette méthode ne marche pas si l’homme que vous convoitez est déjà en couple… »

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La malédiction du manoir By Koelia  (Concours de Nouvelles [juillet / août 2008]) posté le mercredi 03 septembre 2008 18:42

Tout en jetant un regard à la pendule, Emmy poussa un profond soupir d’ennui. À cette heure, elle aurait dû être étendue sur la plage de la Salice à Antibes, au soleil, en train de papoter avec ses amis, pour profiter de ses dernières vacances d’étudiante… Au lieu de cela, elle se morfondait dans un cabinet de notaire perdu au fin fond de Lyon, et sans savoir pourquoi !

Mademoiselle Emilie Coulonges? Entrez, je vous prie!»
 Emmy pénétra dans le bureau en suivant le petit homme replet et s’assit dans le fauteuil réservé aux visiteurs. Décidément, comme la salle d’attente, la petite pièce poussiéreuse appelait les pensées moroses. Comme le notaire face à elle rassemblait quelques papiers, elle s’irrita.
«Dites, vous ne m’avez pas fait quitter la côte d’Azur en urgence pour que je vous admire travailler, si? Qu’avez-vous de si urgent à me communiquer qui ne puisse l’être par téléphone?»
Le notaire s’autorisa un discret sourire devant l’impatience de la jeune femme.
«Vous êtes la dernière héritière des barons de Marcigny, mademoiselle Coulonges. Et vu votre caractère, la digne descendante de votre arrière-grand-père!»
Emmy écarquilla les yeux.
«L’héritière de qui?
- Du baron François-Marie de Marcigny. Le grand-père de votre mère. Il est décédé il y a trois mois, et vous êtes sa seule héritière.
- J’ignorais que ma mère avait encore de la famille, vous êtes sûr de ne pas faire d’erreur?
- Sûr et certain, mademoiselle. Votre mère a rompu tout lien avec sa famille suite à… un différend dont je ne connais pas la nature exacte. Mais le baron ne l’a jamais perdue de vue, lui. Il était d’ailleurs présent aux obsèques de vos parents, il y a cinq ans.»
 Emilie sursauta, la gorge serrée.
«Mais pourquoi n’est-il pas venu se présenter? J’étais seule ce jour-là…»
 Le notaire haussa les épaules.
«Parlons de l’héritage, si vous le voulez-bien.
- De quoi s’agit-il exactement? s’enquit-elle, un peu inquiète.
- Tout d’abord, un manoir dans la Loire, dans un village à une trente kilomètres de Roanne, quelques avoirs financiers puis un bijou. Ce pendentif ne fait d’ailleurs pas partie de l’héritage, c’est un cadeau qui passe hors succession, et quelle que soit votre décision sur le reste de l’héritage, il est à vous.
- Un manoir? souffla la jeune femme. Mais c’est impossible! Et puis, je ne pourrais jamais l’entretenir… Sans parler des frais de succession, des impôts…»
 Le notaire hocha la tête. Son client avait bien prévu les réactions de son héritière.
«Parlons aussi des avoirs financiers: votre grand-père est issu d’une très riche famille, et il a suffisamment bien géré sa fortune pour qu’après que la succession soit réglée, vous puissiez faire face à tous ces problèmes pendant un certain temps…
- Un certain temps… Non, c’est trop beau pour être vrai!
- La seule condition est que vous viviez dans ce manoir pendant plus d’un an. Et ce n’est pas un piège: votre grand-père aimait le confort moderne! De plus, il avait transformé une partie de la demeure pour faire des chambres d’hôtes, ce qui lui permettait de payer l’entretien du domaine sans entamer le capital dont je vous ai parlé… Regardez-donc!»
 Emmy tendit la main vers le dépliant et écarquilla les yeux devant la demeure.
[center][img]http://img371.imageshack.us/img371/8168/nouvelle2copievr8.jpg[/img][/center]
«Comment pourrais-je refuser un tel héritage? Mais… Il s’occupait de tout? Quel âge avait-il?
- Il est mort à quatre-vingt dix ans, mademoiselle ! Un couple de gérants s’occupe du gîte. Vous pourrez contacter l’expert comptable qui s’occupe de la gestion. Mais prenez le cadeau du baron.»
 La jeune femme ouvrit avec émotion l’écrin en bois verni et poussa un soupir devant le pendentif en or, formé d’une rosace finement ciselée et d’une améthyste en son centre.
 Lorsqu’elle posa la main dessus, elle ressentit une étrange impression de chaleur.
«Aidez-nous!»
 La voix grave mais lointaine fit sursauter Emilie qui regarda fixement le notaire.
«Vous avez entendu?
- Entendu quoi, mademoiselle?
- Cette voix étrange! Qui disait "aidez-nous"?
- Non mademoiselle. Je n’ai rien entendu. Alors, que décidez-vous?»
 Emmy reposa le pendentif dans son écrin et hocha la tête. Elle avait l’impression que ses soucis de logement venaient de s’évanouir dans la nature!
«J’accepte. Quand puis-je m’installer?
- Dès que vous le souhaitez!»

 

***

 

La petite voiture pénétra dans le parc et suivit la longue allée avant de se garer dans le parking du gîte. Emilie en sortit et regarda tout autour d’elle, désorientée.

 

«Bonjour! Puis-je vous aider? Vous souhaitez louer une chambre?»
 Elle se retourna pour voir sortir de la demeure une dame un peu âgée qui s’avançait vers elle.
«Bonjour madame… En fait… Je suis Emilie…
- La fille de Cécilia! s’exclama la femme l’air réjoui. Entrez ma petite! Maître Hévrard m’a prévenue que vous arriviez aujourd’hui! Je vous ai tout préparé… Je suis Louise Joubeau, la gérante, et mon mari Henri doit revenir ce soir… C’est lui qui s’occupe des jardins et du potager!
- Vous connaissiez ma mère?
- Bien sûr! Elle a grandi ici! Elle ne vous en a jamais parlé?»
 Comme Emmy secouait la tête, Louise Joubeau poussa un grand soupir.
«Allons, venez, je vous emmène chez vous! Ici, c’est pour les touristes! Ce n’est pas que ce soit mal, mais… Tout est équipé pour que vous puissiez vivre indépendamment de nous, mais votre place est toujours réservée à notre table si vous le voulez!»
 Emilie écouta distraitement le bavardage amical de la bonne femme, se sentant emplie à la fois de bonheur et de crainte en visitant la demeure qui n’avait rien d’effrayant ni de sinistre.  Elle s’installa dans la chambre qui avait accueilli sa mère dans son enfance et déballa ses affaires avant d’appeler ses amis pour leur confirmer qu’elle ne redescendrait pas à Antibes. Mais elle n’osa pas leur parler de sa nouvelle demeure, ayant envie de la garder pour elle seule quelque temps encore. Et puis elle voulait tout savoir de cette famille à laquelle elle appartenait. Elle sortit le pendentif et le caressa doucement.
«Aidez-nous!»

 

Elle se retourna brusquement, mais la chambre était vide. Elle sentit ses jambes se dérober sous elle et s’effondra sur le lit, le cœur battant. Elle resta allongée quelques minutes avant de se secouer.
«Un fantôme? N’importe quoi! s’exclama-t-elle tout haut. Je frôle l’hypoglycémie, voilà tout!»
 Elle rangea soigneusement son pendentif avant de redescendre se régaler du repas préparé par Louise. Le mari de celle-ci sembla soulagé en la découvrant.
«Henri était sûr que vous refuseriez de venir! expliqua la gérante.
- Pourquoi refuserai-je un tel paradis? s’étonna Emmy.
- Votre mère ne vous a rien dit…
- Tais-toi, Henri! Cela ne nous regarde pas! coupa Louise d’un air fâché. Un peu de tarte, Emilie?»
 La jeune femme laissa la cuisinière la servir généreusement tout en se promettant d’avoir une conversation sérieuse avec son mari très rapidement.
 Dès le lendemain, elle le retrouva au fond du potager, en train de ramasser des haricots. Sans un mot, elle s’installa dans la rangée d’à côté et commença à l’aider. Lorsqu’ils eurent terminé, il se redressa en se tenant les reins et lui sourit.
«Votre mère venait toujours m’aider quand elle était petite, elle aussi. Elle aimait tellement cet endroit!
- Pourquoi ma mère a-t-elle coupé les ponts avec son grand-père alors?»
 Le jardinier soupira, jeta un coup d’œil vers la cuisine de sa femme et s’assit sur le banc.
«Assieds-toi, petite! j’espère que ça ne te gêne pas, que je te tutoie, mais tu ressembles tellement à ta mère, que j’ai l’impression de la retrouver. On a eu tant de peine quand on a appris cet accident… Enfin, elle a vécu heureuse, hein?
- Très heureuse avec mon père, je crois… Mais que s’est-il passé?
- J’espère que ça ne te fera pas fuir, mais si tu es là, c’est qu’elle ne t’a rien dit. Elle n’a pas eu le temps… Toutes les femmes qui héritent d’ici finissent folles… La mère du vieux baron s’est suicidée, ta grand-mère est morte dans un asile d’aliénés… Et ce n’est que la fin d’une longue série…

 

- C’est une plaisanterie! Et c’est pour ça que ma mère est partie?
- Parce que le vieux baron a voulu lui transmettre l’héritage à la mort de Blanche, ta grand-mère. Il disait qu’elle avait la force d’esprit de vaincre la malédiction… Ta mère a refusé de rester au manoir, elle est partie faire des études et n’est jamais revenue.
- C’est quoi, cette malédiction?
- Une voix qu’elles entendaient apparemment… Zut! Voilà Louise! Pas un mot de tout ça, promis?
- Promis…»
 Anxieuse, Emilie partit se promener vers le petit bois qui jouxtait la propriété. Toute cette histoire lui aurait semblé être un tissu d’âneries si elle n’avait déjà entendu cette fameuse voix… Elle s’allongea dans l’herbe et ferma les yeux quelques instants.

***

«Hé ho! Réveillez-vous! Tout va bien?»
 Emilie ouvrit les yeux et se redressa avec difficulté sur les coudes.
«Oups! Je crois bien que je me suis endormie! murmura-t-elle.
- Et sur ma propriété! fit la voix masculine rieuse derrière elle. Quel joli tableau d’ailleurs! »

 

 

Elle secoua la tête, l’esprit encore engourdi et observa avec attention l’inconnu qui lui souriait d’un air charmeur, adossé contre un arbre. L’homme n’avait sans doute pas plus d’une trentaine d’années et ses yeux pétillaient de malice. Il s’avança en lui tendant la main et elle la prit pour se relever.
«Marc Masevaux, j’ai passé l’inspection?
- Tout à fait! rétorqua-t-elle avec amusement. Vous n’avez pas l’air d’un croque-mitaine. Je suis Emilie Coulonges, je faisais le tour de ma nouvelle demeure…
- Nous sommes donc voisins! Vous êtes l’héritière?
- Et je n’ai pas peur des fantômes!
- On vous a donc raconté la malédiction? Et vous n’avez pas fui?»
 Emilie éclata de rire.
«En fait, on m’en parlé après que j’ai accepté de venir habiter ici… C’était trop tard, non?
- En tout cas, si vous voyez un revenant, faites moi signe! Je suis historien médiéviste, et j’aurai des tas de questions à lui poser! Bref! J’étais venu porter "ça" à la vieille Louise… fit-il en désignant un panier de champignons.
- Je lui donnerai si vous voulez! proposa Emmy, et Marc accepta d’un air soulagé.
- Merci beaucoup, aujourd’hui je suis très pressé, je dois ramener mes nièces à la gare. Elles ont quatorze et seize ans et m’en font voir de toutes les couleurs! Mais à très bientôt, jolie voisine!»
 Il disparut dans le bois et Emilie secoua la tête: un héritage, une malédiction et un voisin charmeur… Ça faisait beaucoup, quand même!

***

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